BOISmag n°172

12,00

Sommaire

FOCUS

  •  Eurobois, une édition tant attendue

 

NEWS

  • Négoce La solution déchets
  • Forêt Fusion de deux coopératives
  • Filière Trafic en baisse pour le port de La Rochelle

 

FILIÈRE

  • Les scieurs veulent protéger le chêne français

 

FORÊT

  • En route pour Euroforest

 

NÉGOCE

  • Sylvalliance, croissance et cohésion

ÉQUIPEMENT

  • Fischer, à la pêche à l’innovation

 

AMÉNAGEMENT

  • Le grand potentiel esthétique du contreplaqué
  • Le groupe Burger se développe tous azimuts
  • Meubles Ménard en plein redéploiement

 

ENQUÊTE

  • BARDAGES Toujours plus séduisants
  • Un marché à l’ère du sur-mesure et du digital
  • Jouer sur la qualité et l’élargissement des gammes

Edito

Rien à scier !

Le 6 février dernier, Philippe Siat, président de la FNB qui représente les scieries et les exploitants forestiers français, en appelait publiquement au président de la République pour un contrôle de l’exportation de grumes de l’Hexagone. Les scieries manquent notamment de chêne, essence qui connaît un fort engouement et qui part à l’export en grandes quantités. L’association de propriétaires forestiers privés Fransylva répondait à son tour que, si les scieurs français manquaient de grumes, ils n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes : s’ils avaient investi plus tôt, ils seraient plus compétitifs et pourraient suivre les prix pratiqués. Qui a raison ? Qui a tort ? Les scieurs français étant dépendants des massifs forestiers qui les entourent, comment les encourager à investir s’ils sont contraints au régime sec ? De plus, nous ne sommes pas exactement dans le cas classique où deux maillons d’une chaîne s’en disputent la valeur ajoutée, car il y a un élément extérieur : le puits sans fond qu’est la Chine, et bientôt l’Inde et le reste de l’Asie. Étrange paradoxe : alors que des scieurs français, certains de l’approvisionnement de leurs scieries et conscients de la sous-exploitation de nos forêts, ont pendant des décennies promu l’usage du « bois local », alors qu’ils se sont battus pour décrocher des marchés à l’export et vanter le label français, comme d’autres font du vin ou du luxe, ils risquent désormais de se retrouver sans rien à scier. Ce ne sont pas les seuls, par ailleurs. Les scieurs américains de feuillus sont également confrontés au problème. À l’opposé, au fin fond de la Chine, personne ne savait il y a seulement dix ans que la France avait des forêts et des beaux bois. Les Chinois ont pris goût au chêne français, qu’ils transforment eux-mêmes avec des salaires locaux. Le propriétaire forestier français vend de son côté au meilleur prix, souvent celui que les Chinois sont prêts à mettre. Deux logiques s’opposent ici, le patrimonial et l’industriel. Celui qui gère la forêt et celui qui a investi dans l’industrie et le capital humain. Or, les matières premières ne sont pas des produits d’exportation comme les autres. Le seul intérêt du développement des marchés export est de faire entrer des devises en donnant du travail à nos concitoyens. Pas le contraire ! Il semblerait également plus judicieux de rechercher un modèle pour que les propriétaires forestiers soient impliqués dans l’industrie du sciage, à l’instar de leurs collègues finlandais. Et il semblerait aussi plus sage que les grumes issues des forêts publiques, et donc des efforts de la nation, rapportent à la nation, par les emplois, les charges sociales, la TVA et les impôts sur les sociétés en étant sciées en France. N’en déplaise à certains, le bon sens dicte que l’exportation de grumes doit être réservée aux situations exceptionnelles. Aujourd’hui, c’est le chêne que nous exportons. Qui peut garantir que, demain, ce ne sera pas le résineux ? Regardons ce qui se passe ailleurs : savez-vous, par exemple, que la mode du quinoa dans nos assiettes a réduit à la disette des populations sud-américaines qui en dépendaient ? Un produit de base est devenu un produit de luxe. À méditer !

Yves Samama